lundi 9 septembre 2019

L'ombre de moi-même



Ou la tentative de lui donner un visage.

Traces éphémères de moments joyeux.
Echos d'enfance soufflés à l'oreille
par les souvenirs de châteaux de sables, 
ou quand nous jouions à nous ensevelir
les uns après les autres.
Les cloches sonnent midi et je n'ai 
rien senti. Les heures ont été avalées 
par mes jeux de la fin de l'été.





















mercredi 10 juillet 2019

Oisive



Photo Maite Soler




Ce n’est pas simple de prendre une vraie pause. Avons-nous le droit d’être inutile? Nous accordons-nous ce repos? 
Je fais partie de ceux qui veillent à ne pas être débordés, pourtant, j’ai du mal à m’arrêter complètement. 
Je suis issue d’un milieu où il est primordial de servir à quelque chose où quelqu’un. On attend la retraite toute sa vie de travailleur et elle se révèle bien décevante. On y meurt, on y lutte contre la maladie, on s’y ennuie, on y tombe en dépression… Oui, car il n’est pas si facile de ne plus être «productif» quand nous avons été éduqués dès notre plus jeune âge à vivre au rythme d'un employé! 
Il n’y a pas longtemps, je parlais avec un copain du revenu universel. Que ce soit réalisable ou non, l'idée m’intéresse et j’aime lancer le sujet comme ça, l’air de rien, parce que je sais ce qu’il remue chez l’autre. Il ne faut pas plus de quelques phrases en général pour arriver au coeur de ce qui fâche: si les gens sont payés à ne «rien faire», ils ne seront plus "utiles" à la société. 
Comme si tout travail salarié faisait de nous des personnes utiles aux autres. Nous vivons dans un monde où le vrai service que l’on pourrait rendre à la planète serait de produire (beaucoup) moins. Pourtant, la "valeur travail" continue à être érigée en modèle!
On touche à un point sensible quand on imagine une société où nous ne serions plus forcés de «travailler» au sens où on l’entend aujourd’hui. Il y a une grande peur collective de la paresse. Nous luttons contre elle toute notre vie, parce qu’il est si difficile d’aller tous les jours travailler qu’il faut nous accrocher à nos principes et nous convaincre qu’on est du côté des gens biens quand on bosse.
Je fais beaucoup (voyez, j’éprouve le besoin de vous rassurer!), pourtant, j’ai assez peu souvent le sentiment de travailler. Ce que j’appelle «travail», c’est ce que je fais en ayant l’impression d’une moins grande liberté, d’un choix moins total et, du coup, d’un enthousiasme altéré. 
Mon idée de la réussite, c’est de consacrer le moins de temps possible à un job et le plus de temps possible à la joie. Et je m’y emploie de tout mon coeur. Je fais mes choix, je prends mes risques et je n’enlève rien à personne. Je ne suis pas moins utile qu’un banquier ou qu’un marchand de camelote. Si nous dressions la liste des métiers vraiment utiles à la société, nous verrions qu’ils ne sont guère nombreux et qu’ils sont loin d’être les plus valorisés en terme de salaire… 

Alors, je contribue quand je peux, si je peux et comme je veux. Le droit de disposer de ma vie, je l’ai gagné à la naissance. On l’oublie parfois, mais, vraiment, tout le monde a le droit de ne servir à rien d’autre qu’à être lui-même.















Bertrand Belin , l'inutilité en beauté


vendredi 28 juin 2019

L'heure des métamorphoses









A l'heure des métamorphoses, parfois ça meurt, souvent ça naît.
C'est un spectacle du genre tragique. Et sublime... Des larves, 
par dizaines, viennent s'accrocher aux rochers pour donner vie à 
leur plus belle forme. Elles ne laisseront comme vestige de leurs
mois aquatiques qu'une peau transparente. Un fantôme. Les 
libellules qui volent dans l'air chaud savent-elles encore ce qu'elles 
ont été? Elles ont si peu en commun avec la créature grise et 
molle dont elles se sont extirpées. Et c'est pourtant bien elles: le 
monstre carnassier et la belle aérienne, réunies dans une même 
existence! Je me vois en elles. A cette heure-là, je ne suis rien de 
plus ni de moins. Les drames altèrent ma joie, les miracles lui 
rendent sa pureté. Là, une libellule s'envole, là, une larve sort de 
l'eau, mais ici, c'est un être inachevé qui agonise et ne connaitra 
pas l'été. La peine est contenue dans l'allégresse, il y a comme
une ombre au tableau. C'est ce qui fait le réel, la vraie beauté.



















jeudi 4 avril 2019

Mon choix fou...









Mon choix?.. Je ne sais pas si c'est le bon terme. 
Je n'aime pas décider du plus important. Je veux sentir que les décisions s'imposent.
Je suis à l'écoute de ce que mon corps appelle.
Il ne me réclame pas d'enfant.
Je me laisse porter par le courant et celui de mon existence ne me pousse pas 
sur les rives de la parentalité.
 Et j'ai dit oui à ça. 
J'ai dit oui à tout le reste, à un autre accomplissement. 
Je suis si heureuse de cette expérience de ne pas en faire, 
comme, certainement, j'aurais eu des satisfactions à voir grandir ma progéniture.

Je ne peux pas être une femme, ici, maintenant, et faire l'économie de l'analyse 
du parcours qui m'a menée à sortir de la normalité. 
Je ne peux pas. Car, si j'oublie de me questionner à ce sujet, d'autres me confronteront à 
ce manque dans ma vie. Ce que je ne sens pas, d'autres le sentent pour moi. 
Les femmes sans enfants sont peut-être un miroir pour certains 
de l'effroi que leur inspire l'idée de vivre une vie sans fonder de famille. 

Et je les comprends.
Il n'y a aucune raison valable pour ne pas faire d'enfant. C'est un peu une folie.
Il n'y a aucune raison valable pour en faire. C'est, de la même manière, un peu fou.

Reste à être le plus en accord possible avec les plus irraisonnés de nos choix.

Au bon choix, je préfère le beau choix. Celui que l'on ne fait pas avec sa tête.
Le beau choix, c'est la vie qui nous bouscule dans nos convictions. 
Nos attentes sont si prévisibles!
Le beau choix, c'est l'accident. 
Et moi, je n'ai pas eu d'enfant, par accident.















samedi 9 mars 2019

L'artiste est nue







"faut-il que les femmes soient nues pour rentrer dans les musées?"
Cette phrase chopée ce matin au détour d'un podcast me ramène à mes années d'études.
Il se trouve qu'aux Beaux-Arts, "instinctivement", je me suis mise nue dans mes oeuvres. 
Comme si c'était par là que je devais commencer pour être une bonne apprentie artiste.
Aujourd'hui je ne renie pas cette nudité car je pense que, d'une manière ou d'une autre,
il est bon que l'artiste soit nu. Mais pas pour autant à poil. 
Ce qui me peine quand je regarde celle que j'étais à 20 ans, 
c'est qu'elle a répondu à une injonction tout en se croyant libre. 
Elle a mis en scène sa vulnérabilité dans un espace qui lui était de toute évidence hostile.
Elle s'est jetée en pâture. Et que "elle", c'est moi.
J'ai le double de son âge et j'ai de la tendresse pour cette tentative désespérée d'exister.









     



dimanche 25 novembre 2018

Chez soi











De retour à la maison. M'y voici à l'intérieur cette fois. A Paris, c'est elle qui est en moi, nichée dans ma poitrine.

Choisir une maison, c'est comme se découvrir une amie. On sait qu'on tisse un lien pour un bon bout de vie. Elle est toujours en nous, elle reste un refuge même quand nous n'y sommes pas.

La mienne est calme et lumineuse. Je l'ai senti à l'instant où je la pénétrais. J'ai été immédiatement saisie par l'apaisement. 
Elle était trop petite, trop haute et elle n'avait pas de jardin, elle n'était pas la maison de mes rêves.
Elle est comme les meilleures choses qui m'arrivent: elle n'était pas ce que je cherchais, elle était ce qu'il me fallait.
Je n'ai pas eu le temps de réprimer mon sourire. Je n'ai pas su la jouer fine avec l'agent immobilier, le coup de foudre était flagrant.
Elle ne devait pas intéresser grand monde la pauvre bichette! Elle était pour nous, deux artistes installés à Paris depuis assez longtemps pour la trouver suffisamment ample et confortable... 
Je n'ai pas de rêves de grandeur et ça tombe bien parce que je ne m'en donne pas les moyens. 
Les seuls luxes qui comptent pour moi sont le temps et la nature. Dans cette maison toute simple, je suis riche de ça.
















mardi 20 novembre 2018

Je ne suis pas immortelle










La petite veilleuse



Comment expliquer ma joie profonde ce matin, alors que j'écoute "remède à la mélancolie" avec Barbara Carlotti et que je me représente morte? J'aime me vautrer dans mon ombre. J'en sors plus vivante que jamais!
Je ne sais être heureuse que dans un rapport vrai à l'existence.
La mélancolie m'ouvre à cette "vérité". Elle m'enveloppe avec tendresse et me donne à voir le monde dans ce qu'il a de plus clair et d'obscur. C'est là, précisément, que j'aime et que je ris. Là, dans cette réalité, que je m'épanouis.