jeudi 4 avril 2019

Mon choix fou...









Mon choix?.. Je ne sais pas si c'est le bon terme. 
Je n'aime pas décider du plus important. Je veux sentir que les décisions s'imposent.
Je suis à l'écoute de ce que mon corps appelle.
Il ne me réclame pas d'enfant.
Je me laisse porter par le courant et celui de mon existence ne me pousse pas 
sur les rives de la parentalité.
 Et j'ai dit oui à ça. 
J'ai dit oui à tout le reste, à un autre accomplissement. 
Je suis si heureuse de cette expérience de ne pas en faire, 
comme, certainement, j'aurais eu des satisfactions à voir grandir ma progéniture.

Je ne peux pas être une femme, ici, maintenant, et faire l'économie de l'analyse 
du parcours qui m'a menée à sortir de la normalité. 
Je ne peux pas. Car, si j'oublie de me questionner à ce sujet, d'autres me confronteront à 
ce manque dans ma vie. Ce que je ne sens pas, d'autres le sentent pour moi. 
Les femmes sans enfants sont peut-être un miroir pour certains 
de l'effroi que leur inspire l'idée de vivre une vie sans fonder de famille. 

Et je les comprends.
Il n'y a aucune raison valable pour ne pas faire d'enfant. C'est un peu une folie.
Il n'y a aucune raison valable pour en faire. C'est, de la même manière, un peu fou.

Reste à être le plus en accord possible avec les plus irraisonnés de nos choix.

Au bon choix, je préfère le beau choix. Celui que l'on ne fait pas avec sa tête.
Le beau choix, c'est la vie qui nous bouscule dans nos convictions. 
Nos attentes sont si prévisibles!
Le beau choix, c'est l'accident. 
Et moi, je n'ai pas eu d'enfant, par accident.















samedi 9 mars 2019

L'artiste est nue







"faut-il que les femmes soient nues pour rentrer dans les musées?"
Cette phrase chopée ce matin au détour d'un podcast me ramène à mes années d'études.
Il se trouve qu'aux Beaux-Arts, "instinctivement", je me suis mise nue dans mes oeuvres. 
Comme si c'était par là que je devais commencer pour être une bonne apprentie artiste.
Aujourd'hui je ne renie pas cette nudité car je pense que, d'une manière ou d'une autre,
il est bon que l'artiste soit nu. Mais pas pour autant à poil. 
Ce qui me peine quand je regarde celle que j'étais à 20 ans, 
c'est qu'elle a répondu à une injonction tout en se croyant libre. 
Elle a mis en scène sa vulnérabilité dans un espace qui lui était de toute évidence hostile.
Elle s'est jetée en pâture. Et que "elle", c'est moi.
J'ai le double de son âge et j'ai de la tendresse pour cette tentative désespérée d'exister.









     



dimanche 25 novembre 2018

Chez soi











De retour à la maison. M'y voici à l'intérieur cette fois. A Paris, c'est elle qui est en moi, nichée dans ma poitrine.

Choisir une maison, c'est comme se découvrir une amie. On sait qu'on tisse un lien pour un bon bout de vie. Elle est toujours en nous, elle reste un refuge même quand nous n'y sommes pas.

La mienne est calme et lumineuse. Je l'ai senti à l'instant où je la pénétrais. J'ai été immédiatement saisie par l'apaisement. 
Elle était trop petite, trop haute et elle n'avait pas de jardin, elle n'était pas la maison de mes rêves.
Elle est comme les meilleures choses qui m'arrivent: elle n'était pas ce que je cherchais, elle était ce qu'il me fallait.
Je n'ai pas eu le temps de réprimer mon sourire. Je n'ai pas su la jouer fine avec l'agent immobilier, le coup de foudre était flagrant.
Elle ne devait pas intéresser grand monde la pauvre bichette! Elle était pour nous, deux artistes installés à Paris depuis assez longtemps pour la trouver suffisamment ample et confortable... 
Je n'ai pas de rêves de grandeur et ça tombe bien parce que je ne m'en donne pas les moyens. 
Les seuls luxes qui comptent pour moi sont le temps et la nature. Dans cette maison toute simple, je suis riche de ça.
















mardi 20 novembre 2018

Je ne suis pas immortelle










La petite veilleuse



Comment expliquer ma joie profonde ce matin, alors que j'écoute "remède à la mélancolie" avec Barbara Carlotti et que je me représente morte? J'aime me vautrer dans mon ombre. J'en sors plus vivante que jamais!
Je ne sais être heureuse que dans un rapport vrai à l'existence.
La mélancolie m'ouvre à cette "vérité". Elle m'enveloppe avec tendresse et me donne à voir le monde dans ce qu'il a de plus clair et d'obscur. C'est là, précisément, que j'aime et que je ris. Là, dans cette réalité, que je m'épanouis.













jeudi 25 octobre 2018

Une vie de rivière






Qui suis-je? Les autres sauraient le dire davantage que moi. 
Ils parleraient autant d’eux-même en révélant ce qu’ils perçoivent de ma personne. « Je suis » ce qu’ils sont aussi ou ce qu’ils ne sont pas, ce qu’ils aimeraient être ou ce qu’ils détestent, ce qu’ils imaginent, ce qu’ils espèrent, ce qu’ils redoutent. « Je suis » quelque chose d’eux, en fait. « Je suis » ce qu’ils sont capables de voir.
Je ne m’inquiète pas vraiment de l’absence de réponse. Je n’ai accès qu’à mes pensées intimes. Mais elles se contredisent souvent. Je ne sais même pas ce que je pense vraiment.
J’essaye de me poser des questions simples:
qu’est-ce que je sens? qu’est-ce que j’aime? Qu’est-ce que je refuse? 
A celles-ci, ce n’est pas si facile, mais je sais parfois répondre. Je tâtonne: chaud, froid? Je brûle?

Répondre à la question « qui suis-je », ce serait trahir tout ce qui, en moi, demandera peut-être un jour à s’exprimer. Une identité, c’est une forme de carcan. On peut s’identifier à son identité et ne plus être libre d’en changer. 

Ces dernières années, j’ai accepté de prendre ce qui m’arrive. Dire oui. Si ça vient à moi, c’est que c’est pour moi. J’ai confiance dans la logique des évènements qui s’enchaînent. Ce que je ne choisis pas consciemment mais qui se produit, comme par hasard, me définit bien plus finalement que toutes les idées que je me fais de moi-même. Je ne souhaite pas décider de ma vie. Je passerais à côté de tout ce qu’elle a à me proposer de plus surprenant et je ne pense pas avoir assez d’imagination ni de courage pour concurrencer le hasard. 
« Hasard », ce n’est peut-être pas le terme. Il ne s’agit pas d’un « destin » tracé à l’avance, comme le stock d’ovules que les femmes portent en elles dès la naissance, mais ce n’est pas non plus un grand n’importe quoi. C’est une route qui s’écrit au fur et à mesure que j’existe. Ce n’est pas le hasard, mais la logique du vivant.
J’avance à l’aveugle et ma vie se dessine comme la rivière creuse sa route dans le sol. Sinueuse, elle fait des tours et des détours, mais, au final, ce chemin-là sera le sien, son dessin sera unique en son genre. Elle aura exercé sa force, mais le terrain aussi a sa réalité. Elle aura buté sur lui parfois, il lui aura laissé le champ libre d’autres fois. Le tracé qu’on verra d’elle, du ciel, elle ne l’aura décidé qu’à moitié. Qui s’en soucie? Ce qui compte, c’est que la route soit belle! Qui déplorerait qu’elle n’aille pas droit à son but? Qui lui reprocherait de ne pas avoir connu son but?


Peut-être qu’on ne le voit qu’à la fin, qui on est ou qui on a été, à l’existence qu’on a menée et à ceux dont on a choisi de s’entourer. On regarde alors, de plus loin, notre vie qui serpente. Et on se dit, « quand même, c’est beau! ».










mercredi 19 septembre 2018

Je ne me suis pas cachée sous le figuier




Pas cette fois, non. Je ne me suis pas carapatée. Quand tu as sorti ta demie-molle, je me suis dressée bien droite. La colère a parlé. Merveilleuse énergie, dont il ne faudrait jamais se priver. Aucune quiétude n’en vaut la peine. 
C’est toi aujourd’hui qui t’es rhabillé fissa. Tu t’en es allé plus vite que tu pensais en être encore capable, la queue entre les jambes et le détecteur de métaux sous le bras. 
Tu étais venu là glaner quelques babioles de vacanciers enfouies sous le sable. Tu m’as vue arriver, et même si au départ, ce n’était pas le projet, l’occasion a fait le larron! Une femme seule de bon matin sur la plage a eu vite fait de réveiller le prédateur en toi. Tu n’as pas dû réfléchir bien longtemps avant de tomber le futal. Tu n’en étais certainement pas à ton coup d’essai.
Ma faute, ça a toujours été d’aimer être seule. Je ne me suis jamais résignée, pourtant tes collègues et toi n’avez pas cessé d’essayer de m’éduquer, dès mon plus jeune âge. La solitude, mademoiselle, madame, c’est au foyer. 
« Qu’est-ce que tu fais là, toute seule, tu veux qu’on te viole? »
Vous m’avez appris la peur. Grâce à vous, je n’ai jamais été totalement sereine dans des lieux sans témoins. Et j’enrage que vous m’ayez gâché tant de bonheurs. 
Cette rage-là, c’est toi qui en a fait les frais ce matin, mon petit père. Elle a été éloquente, je me suis surprise moi-même de la puissance de ma voix et de l’absence de peur. 
« Tu n’es pas le premier. »
Je ne me suis pas cachée dans le figuier et après 30 secondes de stupeur, je t’ai pris en chasse avec mon appareil photo. J’ai vu ta voiture démarrer en trombe, je suis arrivée trop tard. 
J’avais failli ajouter « mais tu es le dernier ». Je n’étais pas allée jusque là car même au coeur de cet ouragan, j’avais gardé ma lucidité. Non, tu n’es pas le dernier. Mais cette fois, c’est toi qui a eu peur. C’est toi qui as fui.


C’est toi qui as fui.
















dimanche 29 juillet 2018

L'expérience de ne pas en faire







Une amie m'a dit un jour: "C'est bien qu'il y ait des femmes pour faire des enfants, 
et c'est bien qu'il y en ait d'autres pour les regarder faire." 
Je suis de celles-là.
J'aime regarder mes amies devenir mère. 
Elles incarnent le mystère que je n'ai pas choisi de sonder.
Moi, je plonge dans d'autres vertiges et explore d'autres eaux.
Pourtant j'ai un ventre, un utérus et tout le potentiel de donner naissance.
Et c'est à partir de là que je dessine.

Je pars du souvenir, de l'oubli ou de l'absence.
J'aime représenter l'été en hiver, la campagne dans mon atelier parisien, 
un visage quand il est absent, l'enfance quand elle n'est plus, à jamais 
et la naissance que j'ai vécue sans conscience.

Je pars de là, de ce qui m'échappe. Parce qu'on voit mieux les choses de loin peut-être.
Faire d'une expérience une image qui sonne juste implique de la compléter
par les sentiments, le manque, l'envie et par toutes les déformations de la mémoire. 
Il n'y a de vérité qu'au présent, mais il se vit et ne se représente pas.